Ma prison de verre
Ma première motivation à photographier des mannequins dans des vitrines de magasins tenait à leur aspect anthropomorphique. Il se dégage d’eux une troublante confusion entre humanité et inhumanité qui peut certes interroger sur nos fantasmes consuméristes, mais qui m’interpellait essentiellement pour ce qu’elle révèlait de notre penchant à vouloir façonner des créatures à notre image.
Progressivement, la vitrine qui me séparait de ces créatures s’est révélée et a pris une importance considérable. Véritable frontière entre elles et moi, elle pouvait refléter un ciel non dénué d’espoir qui contrastait fortement avec l’emprisonnement dans lequel se trouvaient mes sujets. C’est ainsi que le reflet est devenu une composante essentielle de cette série, tout autant que le mannequin.
Ce jeu m’a permis de donner une dimension différente à la série. Une dimension profondément symbolique.
En effet, pourquoi ces créatures nous apparaissent-elles déshumanisées ? Faiblesse du créateur ou dégradation de l’être enfermé, emprisonné derrière des barreaux invisibles ? N’est-ce pas cet enfermement qui enlève à ces créatures leur part d’humanité ? Parallèlement, n’est-ce pas dans leur regard, tendu vers un extérieur inaccessible, vers un ciel porteur d’espoir et de liberté qu’elles reprennent un peu de cette humanité qui leur échappait ?








































