Aubes blanches – Jour 14 – Norvège

13.10.2016 | 8°C | Couvert

Le temps est couvert et nous quittons l’archipel sans enthousiasme et dans la morosité. Difficile de retrouver de la motivation et de l’émerveillement après ce que nous venons de vivre. Après l’euphorie et la dose d’adrénaline de ces derniers jours nous pataugeons désormais comme des poulpes au fond d’une baignoire remplie de boue et de limon. La route est pavée de lassitude et nous nous échouons sur une aire sinistre pour y passer la nuit. La redescente est difficile. Comme un lendemain de cuite lorsqu’on a passé l’âge.

Aubes blanches – Jour 15 – Norvège

14.10.2016 | 3°C | Temps clair

Nous repartons. Une brume étrange accompagne le lever du soleil et semble vouloir nous le dissimuler. L’ambiance est étrange, interlope. Nous sommes entre deux mondes. L’un, opaque et d’un blanc ténébreux. L’autre, azuréen et mielleux. De quel côté basculera notre destin ? Quel sort nous sera réservé ? Nous approchons d’un quai. Nous faisons halte. Une ombre massive découpe lentement la brume, accompagnée d’un vrombissement croissant. Le bruit devient énorme, le sol tremble, la terre entière vibre à l’arrivée de ce géant dont nous ne distinguons toujours pas les traits. Peu à peu, une gueule titanesque déchire l’atmosphère et ouvre sa mâchoire en laissant apparaître des dents d’acier acérées et menaçantes. Ces crocs s’avancent, nous sommes aspirés par le monstre et sombrons dans la gueule bestiale. Nous voilà maintenant dans le ventre du géant. Tout résonne à en perdre la raison. Nous sommes avalés, engloutis, digérés. Trois dizaines de minutes plus tard, dans un rot gigantesque, l’énorme mammifère nous recrache à la surface et nous laisse hébétés sur une berge inconnue. Nous reprenons peu à peu connaissance. C’était notre première traversée. C’était notre premier ferry. Nous longeons désormais le Saltfjellet-Svantisen National Park. Je rentre dans une station service, trouve une carte topographique, la consulte, la mémorise. Voilà comment improviser une nouvelle randonnée en territoire hostile. Il fait à nouveau très froid. Alors que nous dînons, un tracteur s’arrête à notre hauteur. C’est un jeune fermier du coin qui vient s’enquérir de ce que nous faisons là. Très sympathique, il nous met en garde sur les températures locales. Ça va, je crois qu’on avait déjà compris…

Aubes blanches – Jour 16 – Norvège

15.10.2016 | -4°C | Temps clair

Petit déjeuner polaire. Nous préparons les sacs et nous rendons au point de départ de la randonnée. Départ de Bleiknesno. Direction l’ouest et le lac de Nordre Bjollavatnet. Environ 4/5h de marche à l’aller. Après un chemin de terre, traversée d’une voie ferrée puis avancée dans une forêt de pinèdes, très belle. La lumière est somptueuse. Nous sortons de la forêt et progressons sur l’épaule d’un sommet enneigé. La végétation ressemble maintenant plutôt à de la steppe. L’épaule semble ne jamais vouloir se terminer. Je ressens une douleur inhabituelle au talon gauche. Elle me coupe l’envie initiale de gravir le sommet qui nous tend les bras au sud.

Après avoir dépassé quelques petits lacs, nous arrivons enfin sur l’autre versant et descendons vers le lac principal. On voit quelques sommets d’un autre massif un peu plus loin. Le paysage est désertique. Le vent est absolument glacial et ce n’est pas évident de garder le corps à la bonne température. Certains passages humides sont pénibles à franchir.

Nous sommes arrivés. Je vais me baigner dans le lac. L’eau n’est qu’à deux ou trois degrés. La température de l’air est négative, le vent violent. Je dois être le seul grand malade au monde à aimer me baigner dans ces conditions. Nous profitons d’un très beau coucher de soleil et de cette lumière unique qui le suit. Avant de nous coucher, deux rennes viennent brouter devant nous alors que deux chasseurs se sont installés dans le refuge d’à côté pour passer la nuit.

Aubes blanches – Jour 17 – Norvège

16.10.2016 | 4°C | Temps clair

Les deux rennes sont toujours là et nous nous approchons d’eux pour les caresser. Nous repartons sur le chemin du retour. Mon talon est toujours aussi douloureux. Les passages humides n’ont pas encore eu le temps de dégeler de la nuit et sont plus faciles à passer que la veille.

Nous reprenons la voiture et notre route vers le sud. Ce n’est qu’une fois arrivés à Mo i Vana que nous réalisons que nous nous sommes trompés de chemin. Nous avons manqué le début de la route littorale que nous devions parcourir. Un petit détour de 600km nous attend donc pour en rejoindre le départ. Espérons qu’elle tiendra toutes ses promesses ! Je me fais la remarque étrange que ni en Suède ni en Norvège nous n’avons vu de châteaux ou de grandes demeures.

Nous encaissons des écarts de températures radicaux. D’un versant l’autre on peut perdre plus de 10°C. En quelques minutes, on passe de l’automne à l’hiver. On finit quand même par arriver à Bodo. Le seul camping de la ville est situé sous la piste d’atterrissage de l’aéroport. Magique… La réception est fermée. On dort donc sur le parking d’à côté. Glauque.

Aubes blanches – Jour 18 – Norvège

17.10.2016 | 3°C | Temps légèrement voilé

Nous faisons les courses à Bodo avant de prendre la route. Celle-ci tient toutes ses promesses. Les paysages sont magnifiques. Nous retrouvons la magie des Lofoten. Nous faisons halte près d’une rivière gelée pour faire des photos. Un ferry puis un second, quelques tunnels plus loin, la féerie est au rendez-vous. Nous croisons une multitude de baies aux rives gelées dans l’eau desquelles se reflètent les arbres mielleux de l’automne. Nuit au camping de Mosjoen. Avant Mosjoen, coucher de soleil complètement fou avant de prendre le dernier ferry. Camping avec Bowling. Grande classe.