J’ai décidé de partir directement pour Cuzco. 21h de bus m’attendent avant de rejoindre cette ville que plusieurs personnes m’ont chaudement recommandée. J’opte pour la compagnie de bus la plus connue, Cruz del Sur. Le service est au rendez-vous, les touristes aussi. Je regrette ce choix et me promet de n’opter que pour des compagnies de standing local lors des prochains déplacements.

Le lever de soleil sur des montagnes ensorcelantes commence cependant à mettre mes sens en agitation. L’arrivée sur Cuzco me fait également belle impression. On descend progressivement le long des parois d’une cuvette immense où s’est accrochée la capitale de ce qui fut l’empire Inca. Je commence à prendre la mesure de ce qui m’attend au cours de ce voyage.

Néanmoins, gravir 3400m en 21h de bus, y a pas à chicaner, ça casse les pattes d’un lamantin. C’est donc avec une lenteur accablée de chaleur que je fais mes premiers pas dans Cuzco. J’y profite d’un déjeuner dans un petit bouboui, à la table d’une famille locale dont le père m’initie aux plats et aux boissons de la région.

L’après-midi se passe à flâner dans les rues du centre-ville, à l’ombre de petites maisons charmantes. Je monte une première fois vers l’église San Cristobal qui surplombe la ville et y profite de l’ivresse que procure le manque d’oxygène au visiteur non encore acclimaté.

Au détour d’une rue, des applaudissements m’attirent. Par une porte dérobée, j’entre dans un petit stade de fortune, au centre duquel se joue un match de basket entre deux équipes de seniors. Je termine ensuite la journée dans un improbable restaurant juif.

Cependant, je ne profite pas encore pleinement de la ville. Son architecture et sa lenteur me plaisent, mais l’omniprésence des touristes vient perturber ma jouissance du lieu. Ce n’est qu’en y revenant, plus tard, que je commencerai vraiment à m’abandonner à ses charmes.

Je n’ai pourtant encore rien vu en matière de flot touristique. Après un itinéraire quelque peu compliqué en bus, puis en train, je suis désormais à Aguas Calientes, un bourg dont le tourisme est la seule et unique raison d’exister. Mais il ‘agit d’une étape obligée pour qui veut visiter le Machu Picchu. Je passe donc dans ce purgatoire la nuit qui me mènera plus près des étoiles.

Ici, n’espérez pas trouver autre chose que des restaurants, des hôtels et des boutiques de souvenirs.

Par un de ces miracles qui arrivent parfois au voyageur, je parviens pourtant à égayer cette étape d’une soirée fort pittoresque à regarder le Titanic doublé en espagnol sur une vieille télévision avec deux petits vieux émus aux larmes. Sans compter que j’ai dû réussir l’exploit de trouver le seul restaurant vide de toute la ville, et probablement le meilleur de surcroît.

Il est maintenant temps d’aller dormir. Demain, le réveil sonnera tôt pour annoncer un des moments phares de mon voyage : la visite du Machu Picchu.