J’avais la tête encore pleine du Ciel et de la Terre qui se rejoignent si harmonieusement au sommet de la Vieille Montagne tandis que je patientais dans la petite gare d’Aguas Calientes. La Lune tirait des étoiles de lentes mélopées pleines de souvenirs. Les pierres ancestrales, les temples et les contreforts de la cité perdue se berçaient encore dans mes rêves éveillés tandis que j’attendais le premier train pour Ollantaytambo. Une harmonie muette enveloppait l’univers de son châle et le réchauffait comme une mère aimante.

Soudain, dans la nuit de cette grande cage aux barreaux d’acier, une silhouette fine apparut et vint se poser, avec l’ampleur et la grâce des oiseaux de légende, sur le dernier rang des sièges qui meublaient le hall vide. La lumière alors envahit tout l’espace. Dans un vrombissement de fer et de chaleur la motrice se mettait en marche et je n’eus pas le temps d’acclimater mes yeux pour mieux discerner cette apparition. Je devais me lever pour embarquer.

Pourtant, une fois dans le train, à peine installé sur mon siège, je sentis un battement d’ailes se porter à ma hauteur et je reconnus d’instinct celle qui avait quelques instants plus tôt illuminé la gare de sa présence, celle qui allait illuminer mon voyage de sa blondeur folle, de son rire enfantin et de ses yeux si terriblement beaux que l’on pouvait y voir tour à tour une tempête et une île, un soleil et son éclipse, un navire fracassé dans les flots et un phare tendu vers l’horizon. Alma. Alma, mon âme, mon soleil et ma nuit. Alma, mon alter ego qui traversa l’espace d’un souffle de vie tout mon être et qui m’offrit le reflet de mon âme, comme son propre visage que l’on redécouvre après un long voyage et dans lequel on pourrait avoir du mal à se reconnaître et qui pourtant est bien vous, comme une évidence. Alma, toi qui te définis spontanément – superbe clin d’oeil du destin – comme un vivant paradoxe, je n’oublie rien de nos sourires et du soleil qui ne les quitta pas.

 

Alma que je devais quitter, trop vite, trop loin.
Alma, murmure avec moi ce chant mystérieux :
« J’aime la nuit écouter les étoiles »