Photos de paysage en Bolivie

Les portes s’ouvrent sur l’Enfer. Une marée de bruit, de poussière et de lumière sulfureuse s’engouffre à l’intérieur de notre véhicule et nous submerge. Le niveau monte. Il nous faut sortir. Vite. Le plus vite possible avant de nous noyer dans ce flot qui emporte tout avec lui. Sacs, couvertures, chaussures, tout est emporté par le chaos. La petite vieille qui était assise à côté de nous a disparu elle aussi. Je la cherche des yeux. En vain. Je ne la reverrai plus. Elle est probablement déjà broyée par le fracas sourd de béton et d’acier.

Je prends Alma par la main. D’un bond, nous nous retrouvons à l’avant du véhicule. Un souffle violent nous tombe alors dessus. Dans un dernier effort, nous parvenons à nous extraire du bus. Nous sommes alors pétrifiés par le chaos qui nous entoure. La fumée, les carcasses de métal et le bruit horrible de ces cris qui nous parviennent de toutes parts. La surface d’un lac de métal fondu où flottent des centaines de diables hurlants s’étend devant nous et se déverse vers le cœur de la ville.

Où trouver refuge dans cet océan magmatique ? Comment fuir cette langue de lave qui se moque de nous ? Nous tentons de nous accrocher à l’un de ces diables corneurs dans l’espoir de nous laisser flotter avec lui jusqu’au centre du volcan, mais il nous repousse et nous laisse livrés à nous-mêmes.

D’un pas lent, nous progressons sans savoir où nous allons. Des spectres aux grands yeux vides nous regardent passer. Hier encore, nous marchions sur les terres édéniques de l’île du soleil et nous voilà maintenant jetés dans ce fourneau infernal où nos âmes se brûlent à chaque carrefour. Qu’avons-nous fait Seigneur pour mériter Ta Colère ?

Sortis de l’artère principale, nous nous engageons dans un petite ruelle sombre et délabrée. Nous voici arrivés devant l’entrée de notre hostal. Fragile esquif au milieu de la tempête. Nous y trouverons un repos salutaire et l’occasion de nous remettre de cette arrivée tonitruante dans les boyaux de la Bolivie.

Pour bien comprendre La Paz, et la plupart de ces cités tentaculaires qui ne s’endorment jamais vraiment, il est nécessaire d’avoir, au moins une fois dans sa vie, traversé une autoroute à pied, sauté d’un pont dans un cours d’eau dont vous ne connaissiez pas la profondeur ou avoir mangé d’un animal inconnu. S’aventurer dans La Paz sans un bon guide, c’est comme s’aventurer dans une prostituée mexicaine. Vous n’êtes sûr de rien.