Cette fois, c’est sûr. Ils sont là. Je les sens. Je les devine, tapis dans l’ombre derrière ma porte, armés de leurs lances acérées.

Je sens l’air épais déplacé par leurs mouvements d’approche. Ils m’encerclent comme un atome et comme une ombre, sans retour. Retranché dans ma case, je retiens mon souffle et me recroqueville dans un coin de la pièce et des ténèbres qui m’entourent. J’ai peur. Il fait noir. Il fait chaud. Mes cinq sens en alerte, j’ai surenclenché le mode paranoïa overdrive. De Saint-Louis à Nianing, ils m’observaient, m’épiaient, me narguaient. Ils se préparaient à la charge.

Mais chut ! un bruit, un vombrissement sourd emplit ma chambre. Leur hululement d’outre-tombe me glace le sang. Je ne peux plus fuir. J’allume ma lampe et affronte en me dressant leur regard de mort et leurs gorges déployées. Une seule couleur envahit le monde : sang.

(…)

6h du matin. L’aube. Les premières lueurs de l’aube découvrent à mes yeux terrifiés le champ de bataille. Le sol est recouvert de cadavres. J’ai perdu beaucoup de sang, mais je suis vivant. L’hallali n’a pas encore sonné dans les mangroves de Carabane. Pourtant, rien n’est fait. Je sais leurs légions innombrables. Ce soir, il me faudra me battre à nouveau pour survivre. Et ainsi, tous les soirs, nuit après nuit. Chaque crépuscule sera peut-être le dernier.

En me dirigeant vers ma pharmacie pour panser mes plaies, je laisse tomber mon arme, ma fidèle compagne. Telle Hauteclaire dans la Chanson de Roland, elle m’a accompagné dans cette épreuve, mais maintenant elle ne peut plus rien. Je dois trouver une autre bombe de Yotox.