Ça y est ! me voilà à Saint-Louis, première étape de mon voyage. Je commence doucement par une visite culturelle en calèche avec Boubakar et son cheval Michel.

Grâce à lui, j’apprends pourquoi les coqs n’ont pas de mains (oui, j’ai senti beaucoup d’impatience dans les réponses à mon précédent message, je ne vous fais pas languir plus longtemps…) : parce que les poules n’ont pas de seins ! évidemment ! Une visite culturelle de la ville donc… En tout cas, l’ambiance est ici plus reposante qu’à Dakar. L’air marin adoucit les effets du soleil et sent la fumée utilisée pour sécher les poissons et puis ma gueule de Toubab (blanc) m’attire beaucoup moins de sollicitations que dans la capitale.

La balade en calèche se termine et je décide de faire un tour à pied pour profiter des couleurs incroyables. On sent partout l’influence portugaise et française. Les balcons en fer forgé et les cours intérieures rappellent l’héritage européen omniprésent. Je vais paisiblement me couler dans la langueur océane qui règne ici.

Enfin… l’océan n’adoucit pas les mœurs de tout le monde… Il existe au Sénégal une caste de femmes qui n’ont pas leurs égales parmi leurs concitoyennes : ce sont les femmes de pêcheurs. Petit conseil entre amis : ne vous avisez jamais de promener votre petit cul blanc sur le territoire exigu mais hautement protégé d’une de ces matrones ! Je vous aurais prévenus… Malheureusement, moi, personne ne m’avait prévenu… et lorsque j’ai eu le malheur d’approcher trop près du panier à poissons de l’une d’entre elles pour photographier gentiment quelques dorades séchées, 150 kg de muscles et de mamelles ont alors fondu sur moi plus vite que le cobra ne fond sur un lémurien sans défense. Bref, je ne suis pas sûr d’avoir tout compris, mais en substance, ça avait quelque chose à voir avec le respect dû à ces poissons qu’un coup de hachoir maternel avait pourtant préalablement étêté et avec les 300 ans d’esclavage que je devais soudainement assumer, armé de ma seule gourde et de mon appareil photo… J’ai donc immédiatement rangé mon manuel de Gobineau illustré dans ma poche pour quitter ce lieu hautement sensible où s’échoue la fameuse « teranga » (l’hospitalité) sénégalaise. Le petit blanc avait trouvé son maître.

Pas démotivé pour autant, j’ai continué mon périple, mais malheureusement, une fois arrivé au syndicat d’initiative local, j’ai appris que le parc de Djoudj était fermé… malheur ! c’était un peu une de mes motivations principales… Tant pis, je n’hypnotiserai pas de pélican…

Qu’à cela ne tienne, me voilà reparti faire le tour de la ville et à finir la journée sur la pointe sud de l’île, à regarder des gamins jouer au foot et à leur apprendre à faire des photos.

Ah oui, j’oubliais… en rentrant à mon hôtel ce soir là, au bord de la rue commerçante de Sor, la plus fréquentée de Saint-Louis, tandis que retentissait au loin l’appel des muezzins et que le soleil finissait sa course pour plonger au-delà de la langue de Barbarie, j’ai manqué de peu de marcher sur le cadavre d’un mendiant. Entre deux étales du marché, léché par les mouches et les chèvres. Les muezzins se sont tus.

Bons baisers de Saint-Louis. Je vous recommande chaudement la « langue de Barbarie »…

Au prochain épisode, vous saurez comment je me suis vengé de ma poissonnière…