Je commence à prendre le rythme imposé par la vie à Nianing : longues promenades matinales (4 à 5 heures de marche quand même) au lever du soleil, puis après-midi au bord de la piscine.

Pour la première fois depuis mon arrivée au Sénégal, je me sens vraiment en vacances. La piscine y est pour beaucoup, les quelques touristes qui partagent l’hôtel avec moi aussi. Comme au camping de Palavas, on n’est jamais vraiment en vacances tant qu’on n’a pas une famille belge, hollandaise ou marseillaise à proximité… Nianing est un gros village paisible dont on a vite fait le tour. A part quelques pirogues de pêcheurs qui attendent sagement, bien alignées, le retour des poissons, il n’y a rien de particulier à noter.

En fait, le séjour ici devient vraiment intéressant lorsque l’on sort de Nianing. Après environ 1h30 de marche le long de la route qui descend au sud, vers Joal, de nombreuses pistes commencent à s’enfoncer au milieu de la campagne. Je décide donc de suivre l’une d’entre elles, une piste de terre rouge qui lézarde au milieu d’un tapis d’une herbe si verte qu’elle sature mes nerfs optiques et fait paniquer le capteur de mon reflex.

Une fois monté sur un tertre, seule élévation du terrain à des kilomètres à la ronde, la vision qui s’offre à moi est d’une beauté rare. Des baobabs immenses veillent ça et là sur une lande sauvage, vénérables sentinelles qui ont vu passer les siècles et que mon passage laissera indifférents. En contemplant cette plaine, ce n’est pas un paysage que je vois, c’est le temps. Le temps devenu visible, vivant, palpable. Chaque seconde passée ici prend la dimension d’une ère géologique. Je m’attarde de longues heures à rêver, à m’emplir les terminaisons nerveuses de sensations nouvelles.

Je marche au milieu du temps, de l’histoire, non plus à l’échelle dérisoire de l’homme, mais à l’échelle majestueuse de la nature. Je commence enfin à entrevoir ce que je suis venu chercher ici.