Aujourd’hui, je vous propose d’étudier un peu la population de mon hôtel à Nianing. Elle se compose essentiellement d’une famille française (un couple et leur fils), de deux flamandes et d’une femme dont je n’arrive pas encore à identifier la nationalité.

La famille de Français ne se distingue pas particulièrement. A vrai dire, ce sont des touristes standards, sans originalité. Ils ont passé en revue tous les sites touristiques du coin, dîné tous les soirs dans le même restaurant, celui de l’hôtel, et acheté les habituelles babioles pour décorer le salon familial ou l’armoire de la belle-mère, sans trop se préoccuper d’ailleurs de savoir si cette ravissante petite statuette de bois, faussement artisanale, participait ou pas à la déforestation massive du continent… enfin, bien-sûr, comme tous les touristes français, ils ont un accent du sud.

Les deux flamandes sont, je l’avoue, assez amusantes à observer. Elles assument à merveille leur rôle de vieilles filles européennes venues passer du temps entre copines et à mater en frémissant les muscles d’ébène du jeune chasseur de l’hôtel dont elles ne sortiront probablement pas jusqu’à leur départ, lorsqu’elles auront fini leur roman à l’eau de rose. Je regrette d’ailleurs fortement de ne pas parler le flamand, les couvertures de ces romans sont à mourir de rire : John, l’aventurier, enlaçant Cindy au milieu d’un paysage sauvage sur fond de soleil couchant après l’avoir sauvée des mains barbares de je ne sais quelle tribu anthropophage.

Enfin, la dernière femme qui vient d’arriver suscite, je crois, une certaine jalousie auprès des deux autres. En effet, elle est arrivée, majestueusement hautaine, avec ses lunettes, son short blanc colonial et son bob bleu, accompagnée de deux adorables indigènes à la musculature saillante et ruisselante qui lui portaient ses valises. De toute évidence, madame est venue en Afrique pour éprouver le grand frisson, l’excitation hormonale que sa carrière d’éditrice ou de journaliste ne lui a plus permis de ressentir depuis des temps immémoriaux. Ce frisson primaire, elle le trouvera dans les ébats bestiaux et sauvages que ses deux esclaves lui fourniront ce soir, pour quelques euros de plus. L’amour, sonnant et trébuchant… J’imagine d’ici, avec une certaine horreur, cette névrotique quadragénaire accrochée aux montants de son lit, la tête piégée dans la toile collante de sa moustiquaire tandis que ses deux étalons aux visages d’adolescents la culbuteront avec une excitation teintée de revanche et s’acharneront sur ce corps flasque avec leur sexe de vieux paysans.

Sur ces pensées, je crois que je vais aller me resservir un verre de whisky.