Comme avant tout voyage, les rituels se sont succédés : préparation du paquetage, dernière cigarette, dernier verre de whisky. Sait-on jamais, ce sont peut-être les derniers, pour de bon. Chaque voyage doit être une expérience de la mort. Une noyade en pleine nuit.

Il pleut sur Lyon. Un vent chaud me pousse jusqu’à la gare où je prends mon train pour Paris. Avant de décoller pour l’Amérique du Sud, une étape m’attend. Dans les limbes parisiennes de la chair, une brume doit envahir mes sens. Se perdre encore une fois dans le sein de l’incendie avant de se perdre pour de bon. Dernier marchepied avant l’Enfer, ici traînent les êtres dont on ne veut plus nulle part. La plupart resteront là, molles âmes flasques sans volonté ni combat. Quelques-unes se rebelleront et franchiront le Styx dans un dernier soubresaut de désespoir.

Me voilà donc à prendre mon élan dans ce marécage sans morale ni autel. Comme un hôtel de passe sans liasse ni liesse. La fumée a ici un teint d’azur fade et la profondeur des abysses. Entre ses volutes molles, mon âme se glisse peu à peu hors de mon corps. Elle s’en détache, le surplombe une dernière fois, étrangère bienveillante, puis s’en va en fermant les yeux. Je suis déjà un autre. Je suis déjà parti.