Jour 0 – France

29.09.2016 – 14°C – Temps clair

Tout a commencé par un abandon. Tout aurait pu s’arrêter là. Ne jamais exister. Ne jamais devenir un souvenir. Tout aurait pu finir mort-né dans les limbes des actes manqués. Mais il y a eu cet appel. Presque un cri. Un peu désespéré, il faut bien l’avouer. Trouver quelqu’un acceptant de vivre un mois avec un parfait inconnu dans un van de 5m² dans des conditions hostiles semblait voué à un échec pathétique. J’avais même envisagé d’autres destinations, moins loin, moins folles. Heureusement, la folie a toujours le dernier mot dans ce monde. J’ai donc reçu un message de Lucie il y a deux semaines. Elle était partante. On s’est rencontrés, on a parlé, on est partis. C’est aussi simple que ça. La vie ne se complique que lorsqu’on veut bien se la compliquer. Demain, on part. On a fait des courses, on a fait le plein, on a gavé le van comme la glotte d’une oie bien grasse avant Noël. Demain, on se lève tôt. Un Go Fast nous attend de Lyon à Jokkmokk, au nord de la Suède. Première destination. Premier arrêt. Bientôt on se lèvera face à un nouvel horizon. Je ne sais pas ce qui nous attend. On est puceau de l’aventure comme on l’est de la volupté.

Jour 1 – France ; Allemagne

30.09.2016 – 13°C – Temps clair

J’ai à peine dormi 1h30 cette nuit. Ça commence bien. Je récupère Lucie à l’Hôtel de Ville de Lyon ainsi qu’un covoitureur qui nous accompagnera jusqu’à Luxembourg. Elle est là. Je ne peux plus reculer. On part. On meuble les kilomètres de discussions plutôt intéressantes. On dépose Rida. Il nous reste l’Allemagne à traverser. Rien que ça. Les routes sont en mauvais état. Il y a des travaux absolument partout et des embouteillages monstres. C’est le bordel, mais alors vraiment. Partout. Las, nous arrivons à la frontière danoise à 3h du matin. On met le réveil à 6h30. C’est déjà trop.

Jour 2 – Danemark ; Suède

01.10.2016 – 10°C – Temps clair

3h30 de sommeil, faut faire avec. On dormira plus tard. Un jour peut-être. On attaque la route. La journée n’a pas de fin. On est passés en Suède. On essaie d’apprécier le pont qui relie les deux pays, mais on a autre chose en tête. On roule. On roule encore. On finit par s’arrêter déjeuner au bord d’une petite forêt où les Suédois viennent se promener. La route n’est pas trop mauvaise. Les stations-service sont plutôt agréables. C’est la seule chose qu’on voit pour l’instant : des stations-service… ça et des bouchons. Faut pas nous livrer Stockholm sur un plateau non plus. Alors on se prend des bouchons. Au moins on a le temps de profiter du coucher de soleil. Stockholm est là, tapie dans la nuit. On cherche un restaurant. Le premier est plein, les autres sont fermés. On échoue dans un restaurant végétarien. Enfin, moi j’échoue. Lucie, elle, ça lui plaît bien. Faisons semblant d’aimer les carottes. Le repas est terminé. On s’en va hors de la ville pour trouver un endroit où dormir. On trouve un petit terrain vague isolé. Ça nous ira. Je n’ai rien vu de Stockholm et pourtant je la désire. Comme une femme croisée dans le noir dont on n’a effleuré que les voiles du dos de la main et dont on a senti le parfum, sans même en distinguer le visage, la garce m’a envoûté. « Ô toi que j’eusse aimée, Ô toi qui le savais »… mais non, je ne m’arrêterai pas à l’acceptation baudelairienne de la frustration. Je sens au fond de moi qu’un jour je la retrouverai et ce sera intense à en faire fondre la neige sur les bois des rennes de Laponie. Un jour que je m’engouffrerai dans un ascenseur en train de se fermer, elle sera là. Seule, irréelle et immuable et je la reconnaîtrai immédiatement, par instinct, je reconnaîtrai son parfum, la courbe de ses reins et les portes de l’ascenseur se refermeront derrière nous.

Vous attendiez des photos peut-être ? Rassurez-vous, elles seront là. Dès le prochain épisode. Elles nous ont pris par surprise, au réveil, l’air de rien. Restez connectés…