Lorsque vous rencontrez Natsumii pour la première fois, vous traversez un poème de Stéphane Mallarmé. Une fenêtre s’ouvre, un tissu léger se balance mollement. Et vous sentez un aimant puissant vous attirer vers la fenêtre. Un peuple immense d’anges bleus vous appelle. Vous aimeriez les rejoindre, leur parler, mais vos pieds restent cloués au sol. Vos mots manquent à l’appel, le lexique s’emmêle, les syllabes se font rares, la langue s’efface. Vous n’avez rien à dire. Vous ne pouvez que contemplez. Une fois partie, elle laissera derrière elle le souvenir de l’immortalité. Et vous serez hanté. L’azur. L’azur. L’azur. L’azur.

Mes premiers pas avec Natsumii ont été timides, empruntés. Je ne savais pas quoi faire. Les mains moites, la gorge nouée, j’ai laissé les éléments penser pour moi. J’ai subi la lumière infernale d’un après-midi ensoleillé et l’ai laissé balafrer la peau blanche de Natasha. Des ombres dures, lacérées. Ce corps diaphane sacrifié sur l’autel d’une météo ennemie méritait un autre sort. J’ai ensuite essayé de travailler la lumière de manière à diminuer au maximum le contraste. J’ai modelé les ombres afin que l’ambiance évoque plus un crépuscule ou un clair de lune. Mais là encore, le soleil, implacable, m’imposait sa loi. J’ai fini par renoncer.

Je lui ai alors proposé de finir la séance chez moi et de travailler sur un éclairage artificiel. J’avais peu pratiqué le studio jusqu’alors. Là encore, j’étais fébrile, peu à mon aise. Mais dès les premiers tests, j’ai compris que mon intuition avait été la bonne. Il fallait à ce visage une lumière aux ombres douces, légères. Il fallait à ce ciel bleu la douceur d’un nuage. Il lui fallait la simplicité d’un nu discret, d’un peu de peau suggérée. Il ne fallait pas trop la dévoiler. Un poème de Mallarmé ne s’offre pas si facilement. C’est là sa singulière beauté.

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