Photos de paysage en Bolivie

Notre séjour sur l’île du soleil fut un des plus agréables de mon voyage. Reclus au bout de la pointe nord de cette langue de terre aride, le lac éternel nous enveloppe de son immensité protectrice. Par un renversement subtil, le ciel est venu s’étendre à nos pieds. Les quelques barques éparses que mouille un horizon vague semblent se laisser porter par des nuages lents dans lesquels notre imagination se plaît à reconnaître des figures tutélaires : puma, lama, condor, etc. De notre promontoire, nous contemplons en silence ce paysage homérique, presque surpris de ne pas reconnaître les voiles blanches de Thésée ou les rives d’Ithaque. Plus rien dans nos yeux ne vient troubler la plénitude de ceux dont les souffles se sont rejoints.

Le soir venu, tout un tintamarre de cuivres et de tambours s’élève soudain au cœur du village et vient troubler la quiétude de notre repos. Les vibrations soulèvent les plis d’une robe de poussière autour de laquelle chacun vient faire tourner ses pas en danses saccadées et ritournelles emphatiques. A la nuit qui étend son obscurité dans les cieux, les villageois opposent sur la terre une rivière de couleurs que l’on n’attendait pas sur pareil cailloux. Comme des lucioles ivres, les femmes battent du pied dans leurs atours fluorescents. Les pupilles dilatées cherchent les verres vides et sur les dos agités avec frénésie, des nourrissons s’accrochent à leur espoir de sommeil.

Nous accompagnons cette bacchanale jusqu’à une heure avancée de la nuit, avant de laisser nos compagnons à leur fièvre sans fin.

Eloignés du bruit et de la poussière nous nous arrêtons quelques instants en marge de la plage, de l’écume dans les cheveux et des étoiles plein les yeux. Demain, nous quitterons notre île.