Photos de voyage en Malaisie

Ça y est. J’y suis. Kuala Lumpur, Malaisie. 22 heures de voyage pour arriver ici, à KL Sentral, la principale gare ferroviaire / routière de la capitale. Je ne suis qu’à deux stations de métro de Chinatown où j’ai bien l’intention de poser mes valises. Si j’arrive à trouver un hôtel…

Deux stations de métro, ce n’est pas tant que ça. Je vais les faire à pied, ça me mettra tout de suite dans l’ambiance et j’ai besoin de me dégourdir les jambes après être resté assis aussi longtemps.

Enfin, pour commencer, je vais devoir trouver la sortie de cette gare ! Bon. ça y est, je ne sais pas quelle est cette sortie, mais au moins, je suis dehors. A l’air libre, inspirant à pleins poumons mes premières vapeurs malaisiennes, je vais pouvoir bercer mes oreilles de sonorités exotiques, inconnues et subtiles, je vais remplir mes yeux de nouvelles couleurs, de formes incongrues, et de silhouettes neuves. Ah ! qu’il est doux d’être délicatement bousculé dans la morne habitude de ses sens, de s’ouvrir à de nouvelles perceptions, de… de… se retrouver en plein milieu d’un échangeur autoroutier, entre cinq autoroutes de quatre voies chacune !!!

Je bats un peu des yeux pour être sûr de ce que j’ai devant moi, mais le hurlement d’un camion déboulant derrière moi à grands bruits de klaxon me fait sursauter, moi et mon sac rempli jusqu’à la garde de maillots de bain, de crème solaire et de tongues. Et le voilà suivi par toute une armada de poids-lourds, de voitures et de deux-roues qui me foncent dessus et me prennent pour cible de leur folie métallique. Effrayé, à bout de souffle, les poumons lacérés de goudron et de chaleur, je tente de m’enfuir, d’échapper à cette meute sonnant mon hallali. Mais où fuir ? Partout autour de moi, je ne vois que de tentaculaires bras de bitume qui m’encerclent et qui m’enferment, comme un atome et comme une ombre qui ne dure qu’un instant sans retour. Des deux-roues se jettent à mes oreilles comme des flèches stridentes et furieuses. Je suis perdu. Je ne suis plus que du feu, du bruit et du fer. Je suis perdu. Je suis la proie d’un troupeau de chiens d’acier et de verre. Je suis perdu… à moins que… à moins que derrière ce panneau dans lequel se reflète le soleil, spectateur implacable et muet de ma mise à mort, se trouve un échappatoire. Rassemblant mes dernières forces, je m’y engouffre.

Face à moi, le regard interrogateur et surpris des ouvriers d’un chantier de construction qui se demandent ce que je peux bien faire ici, à déranger leur pause déjeuner. Hésitant, j’essaye de leur expliquer que je veux retourner à KL Sentral. Un d’entre eux semble mieux me comprendre que ses camarades et me montre le chemin à suivre. Je traverse le chantier, tentant vaguement de garder un air digne et assuré, suis les indications de mon contremaître, et retrouve enfin le toit rassurant de la gare. Me revoilà à KL Sentral.

Je vais acheter un ticket de métro. C’est plus sûr.